Votre enfant est TROP, tout est excessif chez lui, il ne tient pas en place ? L’histoire qui suit peut vous aider.

« Madame, nous ne pouvons plus garder votre fils à l’école, nous avons fait notre maximum mais, aujourd’hui, son comportement est trop difficile ».

Le verdict est tombé, nous sommes au lycée français de Moscou, notre fils vient de commencer la 5ème… Nous sommes loin de tout, impossible d’avoir une activité en France pour Monsieur, bref, nous sommes coincés, que faire ?

Depuis qu’il est tout petit, cet enfant est problématique. Quand il avait à peine un an et demi, je consultais déjà un neurologue qui se demandait ce que je faisais dans son cabinet car, pour lui, tout allait bien. Pourtant, pour moi, rien n’allait normalement, un feeling de maman que personne n’entend aussi distinctement que moi, ce qui me désole et me fait douter aussi parfois.

Ses premières heures de maternelle, il les a passées au coin, loin des autres parce qu’il était trop agité et perturbait la classe, puis nous étions convoqués régulièrement partout où il passait parce qu’il ne pouvait s’empêcher d’enchainer les bêtises. Il y a même eu ce jour où la directrice de l’école me demandait à la sortie de classe devant les autres parents pourquoi mon enfant est couvert de bleus, je lui ai alors demandé si il ne bougeait pas excessivement à l’école au point de se faire mal ? Mais c’était blessant, ce manque de tact, ces jugements quasi permanents… Au moment de rencontrer ses professeurs, toujours les mêmes mots qui revenaient « votre enfant a des capacités mais ne fait aucun effort, il dérange la classe, il n’est jamais concentré ». Il débutera un suivi auprès d’une psychologue alors qu’il a à peine 4 ans et demi et ne s’arrêtera qu’à l’âge de 16 ans. Mais alors qu’il a 11 ans, la situation se dégrade, il développe des tics et les mouvements répétitifs, entamant les commissures de ses lèvres, il se fait mal au point de saigner… Il aura fallu cet appel à l’aide visible physiquement pour que nous croisions enfin la bonne personne qui nous orientera vers un neurologue puis un neuropédiatre pour que le juste diagnostic soit enfin posé, notre fils est TDAH, c’est-à-dire hyperactif. Pour en savoir plus sur le TDAH, cliquez ici.

C’était à la fois un soulagement car nous pouvions avancer concrètement en l’aidant avec méthode mais, d’un autre côté, nous ressentions beaucoup de culpabilité. Il n’y était pour rien, il souffrait, il était victime d’une défaillance des neurotransmetteurs qui provoquaient ses excès mais nous avions passé notre temps à le réprimander en pensant qu’il le faisait exprès, parce que tant de spécialistes nous l’avaient laissé entendre. Comme quoi, il est important d’écouter sa petite voix intérieure et de ne rien lâcher, jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur son enfant, mais en situation d’expatrié, ce n’est pas simple.

Ce diagnostic est tombé au moment où Monsieur prenait ses fonctions à Moscou. Les spécialistes qui suivaient alors notre fils ne nous ont pas dissuadé d’y aller, il suffirait de revenir faire un contrôle par an, avaient-ils dit. Et nous voilà partis donc avec un traitement en poche et toute une série de livres sur le sujet pour comprendre et accompagner au mieux notre enfant. Je devais cependant renoncer à toute activité étant donnée la complexité de la situation.

On ne lui avait pas prescrit le traitement habituel pour cette pathologie car il pourrait accentuer ses tics nerveux (un effet secondaire). Il devait donc prendre des calmants à haute dose et allait s’alourdir au passage de 10 kilos en un an.

Le TDAH était tabou en France, on en parlait peu car le diagnostic était controversé et le traitement remis en cause par des excès de prescription aux Etats-Unis, ce qui explique qu’aucun psychologue ou psychiatre qui a suivi notre enfant n’avait envisagé ce diagnostic en 7 années de suivi. Il faut savoir qu’à ce jour, il n’existe aucun examen qui permette de déceler avec précision cette défaillance, mais le diagnostic repose uniquement sur l’association de faits et attitudes. Pour les personnes qui ont besoin de voir pour croire c’est compliqué, et bon nombre de spécialistes n’acceptent de se fier qu’aux résultats démontrés par un examen concret.

Je vivais pour ma part ces instants comme un espoir, une délivrance pour notre enfant, enfin je savais et je pouvais agir. J’ai donc dévoré un tas d’ouvrages sur le sujet. J’ai découvert qu’il existait une association en France et des personnes relais pour m’aider (Plus d’informations). J’ai rencontré chaque professeur du lycée, qui ont été par chance très à l’écoute, pour leur expliquer la pathologie de notre enfant. J’ai aussi préparé un document pour leur expliquer comment l’aider, le comprendre, réagir. J’étais régulièrement en contact avec chacun d’entre eux et ils pouvaient m’informer des moindres incidents. Cependant, malgré toute cette organisation, nous étions en début de 5ème et il était insupportable, il perturbait trop la classe par son comportement agité. Ses professeurs n’étaient plus en mesure de le gérer pendant leurs cours.

Je décidais alors de partir en France pour faire une série d’examens plus approfondis car la situation était grave. Nous avons fait une IRM, un bilan de compétence, un bilan psychomoteur, un bilan orthophonique. Notre fils n’était pas surdoué certes mais pas non plus en difficulté, il pouvait suivre une scolarité normale, il n’avait aucun autre trouble associé au TDAH (cela arrive fréquemment).

Le diagnostic de l’hyperactivité était confirmé pour la seconde fois et il ne restait plus qu’une option pour l’aider, prendre ce fameux traitement. A aucun moment nous n’avons hésité, mais bien des parents refusent cette option. Parce qu’il faut bien le dire, nous n’avons aucune idée des effets secondaires sur le long terme. De plus, La RITALINE©/méthylphénidate est un médicament psychostimulant de la famille des amphétamines, c’est donc un narcoleptique, une drogue. Chez les sujets présentant un TDAH,  les effets du méthylphénidate sont particuliers, quasiment inversés par rapport à ceux observés chez les autres sujets, par exemple :

  • Amélioration de la concentration, de l’écoute.
  • Diminution de l’impatience et de l’impulsivité.
  • Diminution de l’agitation physique.

Nous avons aussi appris qu’un enfant diagnostiqué et traité avant l’âge de 7 ans a plus de chances de pouvoir se passer du traitement à l’âge adulte, notre fils allait probablement devoir prendre son traitement à vie.

Nos difficultés ne s’arrêtaient pas là… la prescription de la Ritaline se fait une fois par an par un spécialiste, puis de manière mensuelle par un généraliste qui contrôle les effets sur le patient. Il nous fallait donc organiser ces visites, mais pas que. Comment recevoir ce médicament tous les mois à Moscou ? Nous avons découvert qu’une pharmacie à Paris proposait le service d’envoi des médicaments à l’étranger.

Le lycée avait aussi accepté de délivrer en milieu de journée une dose de Ritaline à notre enfant (une nécessité) car il disposait des services d’une infirmière compétente et cette prise en charge a été encadrée par un plan d’aide individualisé.

Nous avons aussi obtenu des aménagements pour les examens qu’il passait, un temps supplémentaire et la possibilité d’être dans une salle au calme.

A partir du moment où notre enfant a pris ce traitement, il a pu suivre une scolarité normale, il a passé son brevet des collèges, qu’il a obtenu avec mention, et un bac professionnel. Aujourd’hui il est pompier volontaire, surveillant de baignade l’été et est en deuxième année d’école d’infirmier.

Il continue de prendre son traitement mais pourrait petit à petit trouver des solutions pour le diminuer car la médecine a fait beaucoup de progrès sur le sujet et il existe de nouvelles pistes comme des choix alimentaires spécifiques, des thérapies particulières, des traitements naturels et homéopathiques… Des pistes qu’il peut désormais étudier seul car nous le laissons désormais en prendre l’initiative.

Avec le recul, je dirais que nous avons bénéficié d’une grande chance, celle de croiser le bon spécialiste au bon moment. Aussi, si vous sentez que votre enfant souffre, que quelque chose ne va pas dans son évolution, allez au bout de vos doutes et consultez autant de spécialistes qu’il le faudra pour vous rassurer et ne pas passer à côté d’une vraie problématique qui va l’handicaper toute sa vie. Par contre, vivre ces difficultés en étant loin est compliqué d’un côté et nécessite de passer par la case France à un moment donné, mais d’une autre côté les lycées à l’étranger sont de petites structures qui peuvent être beaucoup plus à même d’accompagner nos enfants vers le meilleur d’eux-mêmes (quand les professeurs ont la capacité d’être à l’écoute).

Avril 2017
Catherine K. R.

Du même auteure, sur la question de la scolarisation en lycée professionnel lorsque l’on est expatrié : http://www.mytutorabroad.com/blog/quand-expatriation-et-scolarite-ne-font-plus-bon-menage/

Comment s’organiser avec son enfant TDAH en expatriation ?

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2 thoughts on “Comment s’organiser avec son enfant TDAH en expatriation ?

  1. Merci pour votre témoignage, nous sommes rentrés de Thaïlande pour notre fils multidys et tdha, l scolarité n’était plus possible, il avait pris du retard…Ici il y a des aides, orthophonie, psychomotricite, ergothérapeute et neuropediatre qui a donné la ritaline. Bien sur la France ne nous convient pas et nous voulons repartir. Votre message me dit que c’est possible et égaye ma soirée !
  2. Bonjour, j’aimerai que vous puissiez m’aider, je suspecte un TDAH sur mon fils de 6 ans aujourd’hui, il en a tous les signes et meme des troubles associés…
    Je suis aujourd’hui totalement désespérée, j’habite à l’étranger et je ne sais ps quoi faire pour lui, ou aller, qui consulter…Je ne sais pas comment entreprendre sa scolarité à la prochaine rentrée en septembre car l’année précédente s’est très mal passée, les années précédentes aussi d’ailleurs …
    S’il vous plait j’ai besoin de votre aide

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