Maman de trois enfants ayant vécu leur enfance, leur adolescence et même leur vie étudiante (concernant l’aîné pour l’instant) en expatriation, je me suis interrogée sur ce parcours que nous leur offrions. Qu’allaient leur apporter réellement ces années hors de leur culture d’origine ? Quels défis allaient-ils relever au cours de leur jeunesse, puis plus tard, en tant qu’adultes ? Quelles conséquences aurait pour eux cette mobilité récurrente ?

En tant que formatrice interculturelle, j’étais sensibilisée aux thèmes de l’adaptation, du choc culturel, des joies et des déceptions de l’expatriation. Par hasard, j’ai découvert la Troisième Culture et me suis rapidement rendue compte que ce n’était pas la mienne, ni celle des pays dans lesquels nous vivions mais bien celle de mes enfants.

Après avoir étudié la Troisième Culture durant plusieurs années à titre personnel puis professionnel, j’ai compris à quel point elle influençait notre famille d’expatriés au long cours. Cela m’a permis de mieux appréhender le développement de mes enfants, car ils évoluaient très différemment de moi qui ai eu une enfance classique, et de les accompagner de façon adaptée à leur parcours.

Les anglo-saxons ont souvent analysé la personnalité atypique des enfants expatriés mais peu d’ouvrages le traitaient en français. J’ai souhaité non seulement partager mon expérience, mais surtout donner à d’autres parents francophones des clés de décodage de cette Troisième Culture, leur permettant ainsi de mieux comprendre et mieux guider leurs enfants expatriés pour que ces derniers deviennent à leur tour des adultes épanouis. C’est ainsi qu’est né en 2014 mon premier ouvrage « Enfants Expatriés : Enfants de la Troisième Culture ».

De quoi parle-t-on ?

La Troisième Culture est la culture de synthèse entre la culture du pays d’origine et celle des différents pays d’accueil. C’est une notion développée dans les années 50 par la Dr Ruth Unseems puis étudiée dans les années 80 par le Dr David Pollock et la Dr Ruth Van Reken.

Leur définition des enfants de la Troisième Culture est la plus précise et la plus complète.

Un Enfant de Troisième Culture (ETC) est une personne qui a passé une partie importante de ses années de croissance dans une culture autre que celle de ses parents. Elle développe des relations avec chacune de ces cultures et s’identifie dans une certaine mesure avec elles, mais elle ne se considère pourtant pas comme faisant intégralement partie d’elles. Même si différents éléments de chaque culture s’assimilent à son expérience et influencent son système de valeurs et son mode de vie, son sentiment d’appartenance va vers ceux qui ont un vécu semblable au sien.

Comme toute culture, elle tisse des liens dans un groupe. Ce groupe, c’est celui des enfants ayant passée leur enfance à l’étranger. Ils ont une histoire différente, un parcours toujours personnel mais se retrouvent dans cette culture mosaïque. Un enfant français élevé au Brésil aura davantage en commun avec un américain qui passé son enfance en Inde qu’avec un français « de France ».

La Troisième culture est l’interaction de deux facteurs : un changement culturel répété et une mobilité géographique fréquente. C’est le fait de vivre dans un monde multiculturel et d’être sans cesse en mouvement qui forge la Troisième Culture, une culture individuelle mais qu’un enfant partagera pourtant avec les autres ETC.

Tous les enfants expatriés ne sont pas exposés de la même façon à la Troisième Culture. En effet, tout dépendra de l’âge lors de l’expatriation, de sa durée et de l’exposition à la culture du pays d’accueil. Un enfant de deux ans qui part vivre 3 ans en Chine n’aura pas la même exposition culturelle qu’un enfant de 12 ans.  Par ailleurs, un enfant qui vivra une seule expatriation sera moins marqué par le Troisième Culture qu’un enfant qui aura vécu dans plusieurs pays différents.

Les apports de la Troisième Culture

Les Enfants de la Troisième Culture développent de nombreuses compétences. Ils savent s’adapter à leur environnement de façon remarquable, on les appelle souvent « caméléons culturels ». Ils ont une ouverture d’esprit très large. Ils savent qu’il n’existe pas une seule façon de faire les choses, une seule façon de penser, ils ont cette capacité naturelle d’envisager une situation sous plusieurs angles de vue parfois opposés. Ils ont une pensée globale et une vision élargie du monde qui les entoure.

Ils sont doués d’une acuité particulière pour découvrir rapidement les points communs entre plusieurs personnes ou plusieurs situations. Ils sont souvent bilingues voire multilingues dès leur plus jeune âge.

La Troisième Culture leur apporte également une grande tolérance vis-à-vis de la diversité. Ils ont des amis de plusieurs nationalités et le monde extérieur ne se limite pas pour eux aux lieux qu’ils connaissent. Ils sont souvent différents de leur entourage, savent gérer cette différence et donc accepter celle des autres.

Les défis à relever

Les défis que doivent relever les Enfants de la Troisième Culture sont réels. Nous, les parents, dans notre vision parfois idyllique de l’enfance hors du commun que nous offrons à nos enfants, n’en sommes pas toujours conscients.

L’Equilibre culturel

Ils font face à une absence d’équilibre culturel, cette base qui donne les points de repères, la stabilité et la sécurité. Gérer plusieurs cultures est extrêmement enrichissant mais à l’âge où se forme la personnalité, cela peut être terriblement déstabilisant. Être confronté à la réconciliation des valeurs entre celles de la culture d’origine transmise par les parents et celles des cultures des pays d’accueil est une démarche souvent difficile, notamment à l’adolescence.

Si vivre une seule expérience en expatriation altère notre sentiment d’appartenance à notre culture d’origine (et cela se vérifie au moment du retour), que dire de plusieurs expatriations ! Les multi-expatriés le savent bien, il arrive un moment ou, adultes, nous nous sentons nous éloigner progressivement de notre culture d’origine. Nous ne pensons plus français, nous n’agissons plus français mais plutôt de façon transculturelle. Et pourtant, en tant qu’adultes, nous avons des bases culturelles françaises solides !

Pour ceux qui passent leur enfance à l’étranger, ces bases sont instables, fragiles. Et la France représente souvent le pays des vacances, celui de leur famille mais ils ne s’y identifient que difficilement.

Le sentiment d’appartenance est certainement l’un des défis les plus difficiles à relever pour les enfants de la Troisième Culture. Ils se sentent de « partout et nulle part » à la fois. Si cela peut apparaitre comme un atout dans notre monde globalisé, il n’en reste pas moins que se pose le problème des racines. Si les ETC détestent plus que tout la question « d’où es-tu ? », ce n’est pas un hasard !

La construction de l’identité

Ils font face également au challenge de l’identité. « Qui suis-je ?», « D’où suis-je ? ». Dans un groupe d’enfants de leur âge, ils hésitent souvent entre se fondre dans la masse et donc ressembler le plus possible aux autres (quitte à renier certains traits de leur personnalité) ou bien insister sur leur différence. Dans les deux cas il ne s’agit pas d’une attitude naturelle. Se positionner vis-à-vis des autres (français ou locaux) dicte une démarche qui leur demande un effort.

Leur adolescence est souvent retardée. Recommencer un processus de connaissance culturelle tous les trois ans les ramène chaque fois à un stade de « débutant ». Au lieu d’acquérir les fondements d’une culture, de les intégrer puis d’en appliquer les différents éléments tout au long de leur enfance puis adolescence (comme tout enfant sédentaire), ils doivent sans cesse recommencer ce processus sans avoir toujours le temps d’aller au bout. Ce fait de recommencer à zéro régulièrement repousse leur processus de maturité.

S’ils retirent tous les bénéfices de leur enfance expatriée et savant en relever les défis, les Adultes de la Troisième Culture deviennent des personnes vraiment adaptées à notre mode global.

Parce qu’ils ont grandi dans un environnement multiculturel et dans un univers sans cesse en mouvement, ils ont développé des compétences qui coïncident avec les caractéristiques de nos sociétés actuelles.

Ces Adultes de la Troisième Culture sont doués de capacités d’observation et d’une grande flexibilité intellectuelle. Ils sont capables de penser « out of the box », d’être créatifs et réceptifs à de nouvelles idées. Ils ont souvent des ressources linguistiques supérieures à la moyenne et des aptitudes sociales élevées.

Leurs faiblesses viennent généralement de la mauvaise gestion des transitions durant leur enfance entre leurs différents environnements culturels. Ils ont pu avoir du mal à surmonter leurs chagrins, à gérer les séparations ou encore à s’identifier à leur entourage durant l’enfance. Il en découle souvent une perte de repère dans l’identité, un besoin de changement continuel ou encore des difficultés à vivre dans le présent.

Connaitre les enjeux d’une enfance expatriée est souvent un travail nécessaire pour les Adultes de la Troisième Culture. Cela leur permet de dépasser leurs inquiétudes pour jouir pleinement des bénéfices qu’elle leur a apportés.

Préparer et accompagner

C’est dans le but de faciliter ces transitions, périodes clés dans la vie d’un enfant expatrié et dans son devenir en tant qu’adulte, qu’a été élaboré le cahier d’activités « Top Départ ! »

Entre excitation et appréhension, les enfants ne savent pas toujours exprimer et gérer leurs sentiments souvent confus à l’approche de l’expatriation. Les parents qui souhaitent s’impliquer dans cette préparation se trouvent parfois démunis et ne savent pas comment les accompagner, tout en comprenant l’importance de ce processus.

Le cycle de la transition et du changement comportent plusieurs étapes fondamentales. Ce sont les 5 phases de la transition : l’engagement, la séparation, la transition proprement dite, la réentrée, le réengagement. Franchir toutes ces étapes, une par une, est essentiel pour gravir les échelons de l’ajustement et atteindre le stade de l’adaptation. Se connaître, s’approprier le projet, accepter les séparations, imaginer sa future vie, se préparer, communiquer, accepter, sont les compétences que « Top Départ » mobilise.

Les activités proposées dans « Top Départ » sont ainsi destinées à aider les enfants à préparer de façon autonome leur départ en expatriation, leur changement de pays ou leur retour, et à réussir leur adaptation. Elles leur permettront, étape par étape, de cheminer vers le changement, de l’accepter et de le vivre sereinement.

C’est aussi un guide et un outil d’accompagnement qui permet aux parents d’impliquer l’enfant dans le projet d’expatriation en stimulant la communication.

« Top Départ ! » s’adresse aux enfants de 7 à 12 ans. Il est recommandé aux familles qui partent en expatriation pour la première fois, qui changent de pays d’affectation ou qui prépare un retour dans le pays d’origine.

Ces deux ouvrages sont le fruit de mon expérience en tant que mère d’enfants expatriés et en tant que consultante auprès des familles qui vivent en expatriation.

Une expatriation familiale réussie est avant tout une aventure partagée, dans laquelle il est préférable de se lancer doté d’une solide préparation, d’une bonne connaissance des défis à relever et de beaucoup d’enthousiasme !

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« Enfants de la Troisième Culture »
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« Top Départ ! »

Introduction à la Troisième Culture

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